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Le syndrome de l'imposteur chez les managers récemment promus

Clance et Imes, 1978. Pourquoi le doute de légitimité touche particulièrement les managers en première année de promotion, et ce qui aide à le traverser.

Par Mathias Nizan

Le syndrome de l'imposteur, décrit par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes en 1978, désigne le sentiment persistant d'être un fraudeur malgré des résultats objectifs. La personne attribue ses réussites à la chance, au timing ou au travail acharné, jamais à sa compétence. Elle vit dans la crainte d'être un jour démasquée. Ce doute touche particulièrement les managers en première année de promotion.

Le travail initial de Clance et Imes portait sur des femmes diplômées et performantes. Les études postérieures ont montré que le phénomène concerne les deux sexes et tous les niveaux de qualification. Il se déclenche surtout aux moments de transition, quand une personne accède à un rôle qu'elle ne maîtrise pas encore. La promotion au management est l'une de ces transitions à risque.

Le cycle de l'imposteur

Clance et Imes décrivent un mécanisme qui se nourrit lui-même. Face à une tâche, la personne ressent un doute intense sur sa capacité à réussir. Elle réagit de deux façons : surinvestissement massif, ou report puis sprint de dernière minute. Le résultat arrive, souvent bon. Au lieu de renforcer la confiance, ce succès est attribué à l'effort démesuré ou à la chance. Le doute reste intact pour la tâche suivante, et la boucle recommence.

Ce cycle explique pourquoi des résultats objectifs ne suffisent pas à dissiper le sentiment. Chaque preuve de compétence est neutralisée à mesure qu'elle apparaît. La personne ne range jamais ses réussites dans la colonne "je suis compétent".

Pourquoi la première année de management est exposée

Le changement de poste expose à de nouvelles responsabilités sans la sécurité technique du poste précédent. Le manager promu sait moins bien faire, le sait, et le cache. La situation produit un écart entre la compétence perçue de l'intérieur et la compétence attendue de l'extérieur.

S'ajoute un changement de nature du travail. Un bon expert est promu pour ses résultats techniques, puis évalué sur des compétences qu'il n'a jamais exercées : déléguer, arbitrer, recadrer, porter une décision impopulaire. Les anciens repères de réussite ne fonctionnent plus, et les nouveaux ne sont pas encore stabilisés. Le terrain est favorable au doute.

Les profils les plus concernés

Certains parcours apparaissent plus souvent en formation.

  • Les cadres en première promotion, qui découvrent la responsabilité d'équipe sans modèle de référence.
  • Les femmes en évolution rapide, dont la légitimité est parfois questionnée de l'extérieur, ce qui entretient le doute interne.
  • Les profils techniques promus sans formation managériale, excellents dans leur métier d'origine et soudain jugés sur un métier qu'ils improvisent.

Ce qui aide en pratique

Quatre appuis ressortent de nos observations en formation à la confiance en soi au travail.

D'abord, nommer le phénomène. La simple connaissance des travaux de Clance et Imes réduit la solitude vécue : le manager comprend qu'il vit un mécanisme documenté, pas une faiblesse personnelle.

Ensuite, tenir un journal de preuves de compétence. Noter sur une page les décisions tenues, les arbitrages rendus, les retours reçus. Ce relevé contre l'effet du cycle, qui efface les réussites au fur et à mesure. Relu à froid, il rétablit une lecture juste.

Puis recadrer la première année comme un apprentissage explicite. Une première année de management est une formation continue, une période où l'erreur est normale et où la compétence se construit. Cette lecture retire la pression de la démonstration permanente.

Enfin, s'appuyer sur un pair ou un mentor. Échanger avec un manager plus expérimenté, ou simplement avec un collègue au même stade, normalise le doute et sort la personne de l'isolement. Un mentor apporte un effet supplémentaire : il témoigne qu'il a vécu la même chose à ses débuts, ce qui retire au doute son caractère exceptionnel.

Ces quatre appuis ne suppriment pas le sentiment du jour au lendemain. Ils agissent sur le mécanisme : ils empêchent le doute de se transformer en évitement, en surcontrôle ou en épuisement. Le but visé reste accessible : une confiance suffisante pour agir, décider et apprendre sans se saboter.

Ce qu'un manager peut faire pour un collaborateur concerné

Un responsable qui repère ces signes chez un membre de son équipe dispose de gestes simples. Donner des retours précis et factuels, en reliant explicitement le résultat à la compétence de la personne. Distinguer l'erreur ponctuelle du jugement global. Confier des responsabilités progressives, avec un droit à l'ajustement. Verbaliser que la phase d'apprentissage est attendue et légitime. Ces appuis ne suppriment pas le doute, ils l'empêchent de se transformer en blocage.

La séquence en formation Movea

Sur la formation confiance en soi, le syndrome de l'imposteur fait l'objet d'une séquence dédiée : apport théorique court sur le modèle de Clance et Imes, exercice d'identification individuelle, retour collectif structuré, puis plan d'action sur trois mois. L'objectif est que chaque participant reparte avec ses propres outils, le journal de preuves et une grille de relecture, pour continuer à travailler avec lui-même bien après la session.

Movea traite le syndrome de l'imposteur dans la formation confiance en soi, en intra-entreprise sur deux jours.