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Dossier

La communication interpersonnelle au travail, écouter, reformuler, comprendre

Dossier de fond sur la communication interpersonnelle en entreprise, écoute active selon Rogers, fenêtre de Johari, communication non verbale et 7 % de Mehrabian remis en contexte, pratiques concrètes.

Temps de lecture : 11 min

La communication interpersonnelle est la qualité des échanges entre deux personnes ou un petit groupe, fondée sur l'écoute, la reformulation, la lecture du non verbal et l'ajustement au contexte. Elle se joue dans chaque entretien, chaque réunion, chaque conversation en couloir.

Les références fondatrices du champ structurent ce dossier (Carl Rogers, Joseph Luft et Harrington Ingham, Albert Mehrabian), avec la pratique de Movea en intra-entreprise. L'objectif est de donner une grille claire, de remettre certains chiffres souvent mal cités à leur juste place, et de proposer des pratiques concrètes.

Définir la communication interpersonnelle

Le terme désigne l'ensemble des échanges directs entre deux personnes ou au sein d'un petit groupe, en présentiel ou à distance, dans un cadre professionnel ou personnel. Elle se distingue de la communication de masse (un émetteur, beaucoup de récepteurs, peu de retour direct) et des interventions en public (un émetteur principal devant un auditoire structuré).

Elle se distingue aussi de la communication non violente. Élaborée par Marshall Rosenberg à partir des années 1960, la CNV est une méthode précise qui enchaîne quatre temps : l'observation, le sentiment, le besoin, la demande. Elle occupe donc une place particulière à l'intérieur du champ, plus large, de la communication interpersonnelle. Les deux notions sont parfois confondues. L'une nomme un champ, l'autre une méthode.

Cette clarification conditionne le type d'intervention en formation. Travailler la communication interpersonnelle, c'est outiller un ensemble de compétences (écoute, reformulation, lecture du non verbal, ajustement). Travailler la CNV, c'est s'approprier une trame structurée pour des situations spécifiques.

Les composantes de la communication interpersonnelle

Tout échange interpersonnel mobilise trois canaux qui agissent en parallèle. Comprendre leur articulation est la base du travail en formation.

CanalCe qu'il porteExemples concrets
Verballes mots choisis, la syntaxe, le registre de languevocabulaire technique, formulations directes ou indirectes, niveau de précision
Paraverballe ton, le débit, les pauses, le volume, l'intonationvoix posée, débit accéléré sous stress, pauses qui laissent respirer
Non verballa position du corps, les gestes, le regard, les expressions facialesbras croisés, contact visuel maintenu, sourire bref, sourcils froncés

Le verbal porte le contenu explicite. Le paraverbal porte une partie de l'émotion et du niveau d'engagement. Le non verbal porte une autre partie de l'émotion et beaucoup de signaux relationnels (proximité, méfiance, intérêt, lassitude). Quand les trois canaux convergent, le message est lisible. Quand ils divergent, le récepteur perçoit l'incongruence et accorde moins de crédit au verbal.

L'écoute active, d'après les travaux de Carl Rogers

Carl Rogers, psychologue américain (1902-1987), pose les bases de la thérapie centrée sur le client dans Client-Centered Therapy (1951). Son apport principal est l'identification de trois conditions qui rendent l'écoute réellement aidante.

La congruence. L'écoutant est en accord avec ce qu'il ressent et l'exprime quand c'est utile. Il ne joue pas un rôle de neutralité absolue qui sonnerait faux.

La considération positive inconditionnelle. L'écoutant reçoit le propos de l'autre sans jugement de valeur. Il reconnaît la légitimité de la personne à le formuler, sans forcément approuver le propos.

L'empathie. L'écoutant comprend ce que l'autre éprouve, sans se confondre avec lui. L'empathie se distingue de la sympathie (qui partage l'émotion) et de la compassion (qui ajoute une intention d'aide).

Au travail, l'écoute active de Rogers devient une discipline de présence à l'autre, applicable en entretien d'évaluation, en recadrage, en gestion de tension, en réunion projet. Elle se traduit concrètement par trois gestes, le silence respectueux qui laisse l'espace au propos, les questions ouvertes qui invitent à préciser, et la reformulation qui valide ce qui a été reçu.

La reformulation, geste central de l'écoute

La reformulation est le geste le plus visible de l'écoute active. Bien menée, elle valide le message, clarifie les ambiguïtés, et fait avancer la conversation. Mal menée, elle agace ou paraît condescendante.

Trois niveaux de reformulation sont enseignés en formation.

La reformulation écho répète à l'identique ou presque le dernier élément du propos. Elle sert à relancer sans interpréter. Exemple, votre interlocuteur dit "j'ai dû refaire trois fois le livrable", vous reformulez "trois fois". L'autre poursuit naturellement.

La reformulation reflet condense en une phrase l'essentiel de ce qui vient d'être dit. Elle sert à vérifier qu'on a bien compris. Exemple, "si je résume, vous avez livré dans les délais malgré trois changements de cap, et vous attendez une reconnaissance explicite, est-ce que c'est ça ?".

La reformulation clarification structure ce qui était présenté de façon désordonnée. Elle sert à dégager les points-clés. Exemple, "vous évoquez deux choses, d'une part le manque de visibilité sur la roadmap, d'autre part la difficulté à arbitrer avec le commercial, vous voulez qu'on traite les deux ?".

Reformuler améliore aussi les décisions collectives. En réunion, les malentendus apparaissent plus tôt si les participants reformulent eux aussi, en plus de l'animateur. La reformulation ralentit la cadence et évite des reprises ultérieures plus coûteuses.

La fenêtre de Johari

Fenêtre de Johari : zones publique, aveugle, cachée et inconnue de la connaissance de soi

Joseph Luft et Harrington Ingham, deux psychologues américains, publient en 1955 un modèle simple et puissant pour penser la connaissance de soi en relation. Le nom "Johari" est formé des prénoms des deux auteurs (Joe et Harry).

Le modèle représente la connaissance de soi sous la forme d'un tableau à quatre quadrants, qui croise deux axes : ce que je connais ou ne connais pas de moi, et ce que les autres connaissent ou ne connaissent pas de moi.

Connu de moiInconnu de moi
Connu des autresZone publiqueZone aveugle
Inconnu des autresZone cachéeZone inconnue

La zone publique contient ce qui est visible et reconnu par tous (votre fonction, vos compétences déclarées, votre comportement habituel). La zone aveugle contient ce que les autres perçoivent de vous et que vous ignorez (vos tics de langage, votre impact réel en réunion). La zone cachée contient ce que vous savez de vous et que vous ne montrez pas (vos doutes, vos motivations profondes, vos limites). La zone inconnue contient ce que personne ne sait encore, vos ressources latentes, votre comportement dans une situation extrême non encore rencontrée.

L'application managériale est directe. Le feedback fait reculer la zone aveugle et agrandit la zone publique. La self-disclosure (révéler une partie de ce que vous gardez caché) réduit la zone cachée et élargit aussi la zone publique. Plus la zone publique est large, plus la coopération devient fluide. Les équipes qui pratiquent un feedback régulier et qui s'autorisent une part de self-disclosure professionnelle travaillent dans un climat plus lisible.

Le mythe des 7 % de Mehrabian

Albert Mehrabian, psychologue américain, publie en 1967 deux études souvent citées de travers. Le résultat retenu par la culture populaire (7 % verbal, 38 % paraverbal, 55 % non verbal) est appliqué à toutes les situations de communication, ce qui en fait un contresens.

L'étude originale porte uniquement sur les communications où le verbal et le non verbal sont contradictoires (incongruence), et elle ne concerne que les messages d'attitude et de sentiment. Mehrabian lui-même a passé une partie de sa carrière à rappeler que ses chiffres ne s'appliquaient pas à la communication factuelle ordinaire.

Appliquer le chiffre à une présentation commerciale, à un compte rendu de projet ou à une note technique est une erreur de lecture. Un compte rendu écrit passe par le contenu verbal : le non verbal y est absent par construction. Une présentation commerciale mobilise les trois canaux selon des proportions qui dépendent de l'enjeu, de l'auditoire et du contexte.

Ce que la recherche montre vraiment, et qui reste solide. Le non verbal influence fortement la crédibilité perçue quand il y a un doute sur la sincérité du message. Le non verbal signale les émotions plus vite que les mots, parfois avant même que la personne en ait pris conscience. Les incongruences entre verbal et non verbal sont détectées par la plupart des récepteurs, même quand ils ne sauraient pas les verbaliser.

La conclusion utile en formation. Travailler le non verbal consiste à réduire les incongruences involontaires (visage fermé pendant qu'on dit "je vous écoute") et à soigner les signaux qui comptent dans les moments-clés (entrée de réunion, prise de parole importante, fin d'entretien).

Communication interpersonnelle en visio

Le format visio a recomposé une partie des codes de la communication interpersonnelle au travail. Le cadrage caméra fait disparaître le bas du corps et les micro-mouvements, le regard est altéré (regarder l'écran et regarder la caméra ne produisent pas le même effet), la latence introduit des micro-décalages qui compliquent les tours de parole.

Trois pratiques restent critiques. Le regard caméra, à travailler volontairement aux moments où le contact visuel compte (ouverture, conclusion, écoute attentive). La reformulation explicite, plus fréquente qu'en présentiel pour compenser les signaux non verbaux en partie perdus. La gestion formalisée des tours de parole (lever la main, demander la parole), qui paraît rigide et qui évite les chevauchements.

Quatre freins fréquents

Quatre freins reviennent souvent, quels que soient le secteur et l'ancienneté des personnes.

Écouter pour répondre au lieu d'écouter pour comprendre. La personne attend que l'autre finisse pour placer sa réplique, déjà préparée pendant l'écoute. Résultat, deux monologues alternés qui n'avancent pas.

Anticiper la suite du discours. Le cerveau du récepteur termine mentalement les phrases de l'émetteur. Ce court-circuit cognitif est rapide, automatique, et il fausse la compréhension.

Filtrer ce qui contrarie son hypothèse de départ. Le biais de confirmation conduit à retenir préférentiellement les éléments qui valident ce qu'on pense déjà. En réunion, il explique pourquoi deux personnes ressortent avec des comptes rendus différents d'une même séance.

Surinterpréter le non verbal hors contexte. Lire un bras croisé comme un signe de fermeture est tentant et souvent faux : la personne a peut-être simplement froid. La lecture du non verbal exige du contexte, de la répétition et un croisement avec les autres signaux.

Étude de cas : équipe support service client dans une mutuelle

Le contexte. Une mutuelle de 400 collaborateurs, une équipe support service client de 22 personnes, un indicateur qualité interne (satisfaction mesurée après chaque appel). La direction observe des écarts importants entre conseillers, sans pouvoir identifier précisément les facteurs en jeu.

Le diagnostic. Audit téléphonique sur 60 appels enregistrés, observation de trois temps de pause collective, entretiens individuels avec six conseillers volontaires. Constat principal : les conseillers les mieux notés reformulent plus souvent que les autres.

L'intervention. Movea a animé deux jours de formation intra consacrés à l'écoute et à la reformulation, en deux groupes de 12 conseillers au plus, avec des appels reconstitués à rejouer et un travail en sous-groupes sur des verbatims réels apportés par l'équipe.

Témoignage

Anaïs T., responsable service client dans une mutuelle de la région lyonnaise, a fait suivre la formation à son équipe en 2025.

"On avait mis en place des trames d'appel très structurées, ce qui rassurait les nouveaux et finissait par mécaniser les anciens. Le formateur nous a fait travailler sur ce qu'on entend vraiment quand un client appelle, au-delà du motif déclaré. Mes conseillères les plus expérimentées m'ont dit que la formation leur avait rappelé pourquoi elles faisaient ce métier. Et concrètement, on voit la différence sur l'indicateur de satisfaction et sur le nombre de réclamations qui remontent en deuxième niveau."

La formation Movea sur la communication interpersonnelle

Comprendre les modèles est un premier temps utile. La communication interpersonnelle se travaille ensuite sur des situations concrètes, à partir des cas que vous rencontrez vraiment au quotidien. C'est par la pratique répétée, avec un retour structuré, que ce savoir-faire s'acquiert.

En deux journées, la formation communication interpersonnelle mêle apports (Rogers, Johari, lecture du non verbal, mise au point sur Mehrabian), exercices sur cas réels et plan d'action individuel bâti avec chaque participant. La session réunit en intra jusqu'à douze personnes, présentes sur site ou connectées à distance. Selon la branche, une prise en charge à 100 % par l'OPCO est possible ; l'entreprise peut aussi la financer sur son budget formation.

Trois dossiers Movea prolongent celui-ci : la communication non violente, utile face aux désaccords, la prise de parole face à un auditoire, et la gestion des conflits pour les tensions installées.

Questions fréquentes

Quelle différence entre communication interpersonnelle et CNV ?
La première désigne un champ : tous les échanges directs, en tête-à-tête ou en petit comité, avec l'écoute, la reformulation et l'attention au non verbal. La seconde est une méthode précise, que Marshall Rosenberg a formalisée à partir des années 1960 : une trame en quatre temps qui part de l'observation et aboutit à une demande. La CNV s'inscrit donc dans le champ plus large de la communication interpersonnelle. On peut pratiquer une communication interpersonnelle de qualité sans utiliser la CNV, et la CNV reste un outil parmi d'autres pour structurer un échange difficile.
Le non verbal compte-t-il vraiment pour 93 % du message ?
Le chiffre provient de deux études qu'Albert Mehrabian a publiées en 1967, consacrées aux communications où le verbal et le non verbal se contredisent. Le résultat (7 % verbal, 38 % paraverbal, 55 % non verbal) ne s'applique qu'aux messages d'attitude et de sentiment, et seulement en cas d'incongruence entre les canaux. Appliquer ce chiffre à un compte rendu de projet ou à une présentation commerciale est une erreur de lecture qui circule depuis des décennies. La recherche montre surtout que le non verbal influence fortement la crédibilité perçue quand il y a un doute, et qu'il signale les émotions plus vite que les mots.
Qu'est-ce que l'écoute active, concrètement ?
L'écoute active a été formalisée par Carl Rogers, psychologue américain, dans Client-Centered Therapy (1951). Elle repose sur trois principes, la congruence (être en accord avec ce que l'on ressent), la considération positive inconditionnelle (accepter l'autre sans jugement) et l'empathie (comprendre ce que l'autre éprouve sans s'y substituer). En entreprise, l'écoute active devient une discipline de présence à l'autre. Concrètement, elle se traduit par des silences respectueux, des questions ouvertes, et des reformulations qui montrent que le message a été reçu.
Comment reformuler sans paraître condescendant ?
Le risque condescendant vient surtout du ton et du moment, plus que des mots eux-mêmes. Une reformulation utile reste brève, fidèle au propos d'origine, et formulée comme une vérification (« Si je comprends bien, vous dites que…, est-ce que c'est ça ? »). Elle évite d'ajouter une interprétation que la personne n'a pas formulée. Le réflexe à proscrire est la reformulation didactique, qui réécrit ce que l'autre vient de dire en mieux. Quand la reformulation suit immédiatement, qu'elle laisse à l'autre la possibilité de corriger, et qu'elle s'arrête au strict contenu, elle est presque toujours accueillie positivement.
En visio, les règles de la communication interpersonnelle changent-elles ?
Les principes restent les mêmes (écoute, reformulation, attention au non verbal), mais le contexte technique impose des ajustements. À l'écran, une partie des signaux du corps disparaît : le bas du corps, les petits mouvements, et souvent le regard direct, puisqu'on fixe l'écran plutôt que la caméra. Elle introduit aussi une latence qui complique les tours de parole. Les compétences se travaillent donc en partie différemment, avec plus de reformulations explicites, une gestion plus formelle des prises de parole, et une attention accrue au cadrage caméra et à l'éclairage. Movea travaille les deux formats avec des exercices adaptés.

Sources et références