Soft skills, hard skills, power skills : définitions et liste des compétences comportementales
Soft skills, hard skills, power skills : la définition de chaque terme et son origine (armée américaine en 1972, Josh Bersin en 2019), une liste de 18 compétences comportementales en quatre familles avec un signe observable pour chacune, et les façons de les évaluer.
Par Mathias Nizan
Les soft skills sont les compétences comportementales qui se voient dans la relation aux autres et à soi : écouter, coopérer, garder son calme. Les hard skills sont les compétences techniques d'un métier, comme utiliser un logiciel de paie, souder ou lire un bilan. Elles se prouvent par un diplôme, une certification ou un travail réalisé. Les power skills sont les soft skills rebaptisées pour souligner leur poids. L'analyste américain Josh Bersin a défendu ce nom en 2019 : selon lui, ces compétences donnent un vrai pouvoir au travail.
L'article retrace ensuite l'origine des trois termes, donne une liste de 18 compétences comportementales et montre comment les évaluer.
Les définitions officielles en français
La Commission d'enrichissement de la langue française a publié deux termes au Journal officiel du 5 août 2016. Le savoir-être professionnel traduit soft skill, avec pour synonyme compétence comportementale. FranceTerme le définit comme la capacité d'une personne à adopter un comportement adapté à son milieu de travail : manager, négocier, animer une équipe, s'adapter, écouter.
Le savoir-faire professionnel traduit hard skill, avec pour synonyme compétence technique. Sa fiche parle d'une compétence acquise dans un domaine de spécialité, qu'on peut évaluer avec précision, comme la maîtrise d'un logiciel. France Travail suit la même logique. Sa page sur les soft skills les décrit comme la façon d'agir et de réagir d'une personne.
Soft skills et hard skills : ce qui les sépare
Une hard skill s'apprend dans un cours ou un manuel, puis se prouve par un examen ou un travail rendu. Une soft skill se construit par la pratique et le retour d'un tiers. Elle se prouve par l'observation et sert dans tous les métiers, d'où son autre nom de compétence transversale.
Josh Bersin renverse l'image habituelle dans son article d'octobre 2019. Il juge les compétences techniques assez faciles à apprendre et vite dépassées. Les compétences comportementales demandent au contraire des années d'effort. Pour lui, les hard skills sont donc « soft » et les soft skills sont « hard ».
La formation soft skills de Movea tient compte de ce constat : l'essentiel de ses deux jours passe en jeux de rôle tirés des situations vécues par l'équipe.
Power skills : d'où vient le terme
Josh Bersin publie le 31 octobre 2019 un article intitulé « Let's Stop Talking About Soft Skills: They're PowerSkills ». Il y raconte qu'un intervenant de conférence a proposé de renommer les soft skills en power skills, parce qu'elles donnent un vrai pouvoir au travail. Ses exemples viennent d'une étude d'IBM : l'adaptabilité, la communication en contexte professionnel, l'innovation et la créativité.
Le mot désigne donc les mêmes compétences sous un autre nom. L'adjectif soft laisse entendre une compétence secondaire, power insiste sur son effet. Le dossier soft skills de Movea retient un sens plus étroit : les soft skills décisives pour exercer une responsabilité, comme le leadership.
D'où vient le terme soft skills : l'armée américaine en 1972
Le terme s'installe dans l'armée de terre américaine au début des années 1970. Les 12 et 13 décembre 1972, le Continental Army Command (CONARC) réunit une conférence sur la formation aux soft skills à Fort Bliss, au Texas. Ce commandement a alors la charge des écoles de l'armée de terre. Selon le compte rendu archivé par le NTIS, la conférence compare les façons d'appliquer l'ingénierie de la formation à ces compétences.
En mars 1974, la Human Resources Research Organization publie pour l'armée trois textes de Paul G. Whitmore et John P. Fry. Le premier s'intitule « What Are Soft Skills? ». Il décrit un questionnaire conçu pour clarifier les mots hard et soft. D'après la notice ERIC du rapport, les soft skills y sont des compétences importantes pour le poste, où la machine intervient peu ou pas du tout, et dont l'usage est très général. Le programme de recherche cite le commandement, l'encadrement, le conseil et le leadership. Les hard skills désignent par contraste le travail sur les machines.
Le critère de la machine a vieilli. Celui de l'usage général tient toujours.
Tableau récapitulatif : soft skills, hard skills, power skills
| Hard skills | Soft skills | Power skills | |
|---|---|---|---|
| Terme français | Savoir-faire professionnel, compétence technique | Savoir-être professionnel, compétence comportementale | Terme anglais employé tel quel |
| Origine | Armée de terre américaine, début des années 1970 | Armée de terre américaine, conférence de décembre 1972 | Article de Josh Bersin, octobre 2019 |
| Ce que le terme désigne | Une compétence de spécialité, évaluable avec précision | Un comportement adapté au travail, envers les autres et envers soi | Les soft skills, sous un nom qui insiste sur leur effet |
| Exemples | Paie, soudure, analyse financière, langue étrangère | Écoute active, gestion du stress, coopération | Adaptabilité, communication, créativité |
| Mode de preuve | Diplôme, certification, test technique | Observation au poste, mise en situation, retours croisés | Celui des soft skills |
Liste des soft skills : 18 compétences comportementales
Aucune liste ne fait référence partout. France Travail retient 16 savoir-être professionnels dans son service « Valoriser son image pro ». Le World Economic Forum classe 26 compétences dans son rapport Future of Jobs 2025, dont neuf dans une famille à part, celle des attitudes : curiosité, résilience, empathie ou leadership.
La liste ci-dessous s'appuie sur ces deux référentiels. Movea y ajoute des compétences travaillées en formation, comme l'assertivité. Le signe observable décrit un geste qu'un collègue peut constater dans la semaine.
Compétences relationnelles
| Compétence | Définition | Signe observable au travail |
|---|---|---|
| Écoute active | Comprendre ce que l'interlocuteur dit et ce qu'il attend avant de répondre. | Pose une question de clarification, puis résume le besoin avec ses propres mots. |
| Coopération | Ajuster son travail à celui des autres pour obtenir un résultat commun. | Prévient un collègue dès qu'un retard de son côté va bloquer la suite. |
| Assertivité | Exprimer un avis, une limite ou un refus en respectant l'interlocuteur. | Décline une demande hors périmètre, donne la raison et propose une autre piste. |
| Gestion des désaccords | Traiter une tension tôt, sur les faits, pour trouver une issue acceptable. | Propose un échange à deux le jour même après un accrochage en réunion. |
| Influence et leadership | Entraîner d'autres personnes vers un objectif, au-delà de l'autorité hiérarchique. | Annonce le cap en une phrase et explique ce qui change pour chaque personne. |
Compétences émotionnelles
| Compétence | Définition | Signe observable au travail |
|---|---|---|
| Conscience de soi | Repérer ses propres réactions, leurs déclencheurs et leurs effets sur les autres. | Dit « je m'agace, reprenons dans dix minutes » avant que le ton monte. |
| Gestion du stress | Tenir un niveau de travail correct sous pression, puis récupérer. | En semaine chargée, trie ses tâches le matin et garde sa pause de midi. |
| Maîtrise des émotions | Ressentir une émotion forte en gardant le choix de sa réaction. | Laisse passer une heure avant de répondre à un mail qui l'irrite. |
| Empathie | Percevoir ce que vit une autre personne et en tenir compte dans l'échange. | Remarque qu'un collègue s'est tu en réunion et lui demande ensuite comment il va. |
| Résilience | Se remettre d'un échec ou d'un revers, puis reprendre l'action. | Après un projet arrêté, tire deux enseignements et propose la suite dans la semaine. |
Compétences cognitives
| Compétence | Définition | Signe observable au travail |
|---|---|---|
| Esprit critique | Séparer les faits des opinions et vérifier une information avant de s'en servir. | Demande la source d'un chiffre avant de le reprendre dans une présentation. |
| Créativité | Produire des idées nouvelles qui répondent à un besoin réel. | Adapte à son équipe une pratique repérée dans un autre service ou un autre secteur. |
| Curiosité et apprentissage | Chercher à comprendre ce qu'on ne connaît pas et tirer parti de ses erreurs. | Demande à un collègue de lui montrer un outil qu'il maîtrise mal. |
| Adaptabilité | Changer de méthode quand la situation change. | Abandonne un plan qui ne marche plus et explique à l'équipe ce qui le remplace. |
Compétences organisationnelles
| Compétence | Définition | Signe observable au travail |
|---|---|---|
| Organisation et priorités | Classer ses tâches selon leur importance et leur urgence, puis s'y tenir. | Bloque chaque semaine des créneaux réservés au travail de fond. |
| Autonomie | Avancer sans attendre une consigne à chaque étape. | Face à un blocage, vient avec une solution à valider. |
| Fiabilité | Tenir ses engagements, ou prévenir à temps quand ce n'est pas possible. | Signale un délai qui va glisser avant l'échéance, avec une nouvelle date. |
| Prise de décision | Choisir dans un délai utile avec l'information disponible. | Annonce sa décision, sa raison et la date à laquelle elle sera revue. |
Ces familles se recoupent. Animer une réunion difficile demande de l'écoute, de la maîtrise de soi et de l'esprit critique. Santé publique France décrit de la même façon les compétences psychosociales comme des capacités cognitives, émotionnelles et sociales liées entre elles.
Comment évaluer les soft skills
Une soft skill s'évalue sur des faits : qu'a fait la personne, dans quelle situation, avec quel effet ? La question « est-elle à l'écoute ? » appelle une impression.
L'observation au poste
Le manager choisit deux ou trois compétences de la liste. Pendant quatre à six semaines, il note la date, la situation et le geste observé, puis en parle avec la personne. Les faits datés évitent les jugements sur le caractère, du type « tu manques de diplomatie ». L'article sur le feedback constructif montre comment les formuler.
La mise en situation
Un jeu de rôle, une étude de cas ou une présentation courte montrent le comportement à un observateur. Les recruteurs de cadres s'en servent de plus en plus. Dans le baromètre 2026 de l'Apec, 41 % des entreprises formalisent l'évaluation du savoir-être avec des tests ou des cas pratiques. Cette part a progressé de 9 points depuis 2022. Une note du baromètre cite une publication Apec de 2025 : pour les recruteurs, cette évaluation reste la phase la plus délicate d'un recrutement de cadre. L'article recruter sur les soft skills détaille les questions STAR.
La grille ancrée sur des comportements
En 1963, Patricia Cain Smith et L. M. Kendall publient dans le Journal of Applied Psychology une méthode pour bâtir des échelles de notation aux repères sans ambiguïté. Chaque niveau y correspond à un comportement décrit. Exemple pour la gestion des désaccords :
- Niveau 1. La personne évite le sujet ou hausse le ton.
- Niveau 2. Elle aborde la tension avec des mots généraux.
- Niveau 3. Elle cite un fait, écoute la version de l'autre et propose une suite datée.
Le manager et deux pairs remplissent la même grille. Les écarts avec l'auto-évaluation donnent les sujets du prochain entretien.
Mise en pratique : suivre une soft skill pendant six semaines
Exemple fictif, à titre d'illustration.
Margaux dirige un service client. Loïc y est technicien support, et elle veut l'aider à mieux gérer ses désaccords avec les commerciaux. Un mardi, un commercial conteste un délai en réunion, et Loïc répond que ce n'est pas son problème. Au point mensuel, Margaux part de ce fait.
- Margaux : « Mardi, tu as dit au commercial que le délai n'était pas ton problème. Que voulais-tu obtenir ? »
- Loïc : « Qu'il arrête de promettre au client des dates impossibles à tenir. »
- Margaux : « L'objectif est juste. Quel geste de la grille veux-tu essayer la prochaine fois ? »
- Loïc : « Lui proposer un point à deux le jour même, avec le planning sous les yeux. »
Six semaines plus tard, Margaux relève trois nouvelles tensions. Loïc a proposé un échange à deux pour deux d'entre elles. La progression se lit dans les faits notés.
Ce que disent les sources récentes
Le Future of Jobs Report 2025 du World Economic Forum repose sur 1 043 entreprises de 55 économies. La pensée analytique y reste la compétence clé la plus citée, par 69 % des employeurs. Les cinq premières mêlent le cognitif, l'efficacité personnelle et le relationnel. Selon le rapport, les employeurs attendent des salariés un équilibre entre hard skills et soft skills (p. 35).
En France, le baromètre de l'Apec du 21 mai 2026 porte sur 1 150 entreprises interrogées en janvier et février 2026. Parmi elles, 96 % placent le savoir-être au même niveau que la technique, ou au-dessus.
Les limites de ces classements
La frontière entre technique et comportement reste floue. Négocier un contrat demande des connaissances juridiques, de l'écoute et de la maîtrise de soi.
Les listes varient d'une source à l'autre. Chaque entreprise gagne à bâtir la sienne à partir des situations de ses postes.
Les listes mélangent aussi traits de caractère et compétences. La page de France Travail range ensemble la résilience, l'optimisme et l'organisation. Un trait de personnalité évolue lentement. Un comportement précis change avec l'entraînement, et une formation vise donc des comportements observables.
Approfondir et se former
Pour une lecture approfondie, le dossier soft skills traite la place de ces compétences en entreprise et leur pédagogie. Pour s'entraîner, l'article développer ses soft skills propose douze exercices.
La formation soft skills de Movea fait pratiquer une partie de cette liste en deux jours : écoute active, assertivité avec la méthode DESC, régulation du stress, désamorçage des désaccords et leadership relationnel. Elle réunit en intra-entreprise jusqu'à douze collègues. Le formateur vient sur votre site, partout en France, et la session existe aussi en visio. Chaque journée coûte 1 980 € HT, quel que soit le nombre de participants : les deux jours reviennent à 3 960 € HT. Votre OPCO peut rembourser une partie des frais pédagogiques, parfois leur totalité, selon votre branche et votre nombre de salariés. Le même programme se travaille aussi en tête-à-tête, avec l'accompagnement individuel au même tarif journalier.
Sources citées
- Commission d'enrichissement de la langue française, FranceTerme, savoir-être professionnel et savoir-faire professionnel, Journal officiel du 5 août 2016.
- France Travail, Soft skills : mettez en valeur votre savoir-être auprès des recruteurs, page consultée le 19 octobre 2026.
- France Travail, « Valoriser son image pro », page consultée le 19 octobre 2026 (liste des 16 savoir-être professionnels).
- Continental Army Command, CONARC Soft Skills Training Conference, compte rendu de la conférence tenue à Fort Bliss (Texas) les 12 et 13 décembre 1972, publié en 1973 (notice NTIS AD-A099612).
- Whitmore P. G., Fry J. P., Soft Skills: Definition, Behavioral Model Analysis, Training Procedures, Professional Paper 3-74, Human Resources Research Organization, mars 1974 (notice ERIC ED158043).
- Bersin J., Let's Stop Talking About Soft Skills: They're PowerSkills, joshbersin.com, 31 octobre 2019.
- World Economic Forum, The Future of Jobs Report 2025, janvier 2025. Compétences clés p. 35, méthodologie p. 98, taxonomie des compétences (tableau A2) p. 101.
- Apec, Pratiques de recrutement de cadres 2026, 21 mai 2026. Enquête téléphonique menée du 13 janvier au 12 février 2026 auprès de 1 150 entreprises de 10 salariés et plus.
- Smith P. C., Kendall L. M., Retranslation of expectations: An approach to the construction of unambiguous anchors for rating scales, Journal of Applied Psychology, vol. 47, n° 2, 1963, p. 149 à 155.
- Santé publique France, Les compétences psychosociales : définition et classification, 18 janvier 2022.