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Journée de cohésion d'équipe : programme, participation et erreurs à éviter

Une journée de cohésion d'équipe se prépare comme une journée de travail : un objectif écrit, deux ou trois ateliers sur le fonctionnement réel de l'équipe, des décisions suivies. Programme type, règles du Code du travail sur la participation, erreurs à éviter.

Par Mathias Nizan

Le lundi qui suit la journée de cohésion, la réunion d'équipe reprend comme avant. Les photos de l'activité circulent encore. Les deux sujets qui fâchaient n'ont pas été abordés.

Une journée de cohésion d'équipe est une journée organisée par l'entreprise pour qu'une équipe travaille sur son fonctionnement collectif : ses règles, ses rôles, sa façon de décider et de traiter ses désaccords. Elle produit des résultats quand elle se prépare comme une journée de travail. Il lui faut un objectif écrit, deux ou trois ateliers sur des situations réelles et des décisions vérifiées dans le mois qui suit. Quand l'entreprise la fixe sur les heures de travail, la journée relève du temps de travail effectif au sens du Code du travail.

Ce qu'une journée de cohésion peut produire

Bien préparée, une journée laisse des résultats visibles dès le lendemain :

  • deux ou trois règles de fonctionnement écrites, sur les réunions, les canaux ou les délais de réponse ;
  • une répartition clarifiée des tâches et des décisions qui créent des frictions ;
  • une ou deux décisions prises en séance, avec un responsable et une date.

Ces résultats tiennent si l'équipe les reprend ensuite. Une journée isolée crée un bon souvenir et laisse les habitudes en l'état.

Ce qu'une journée ne règle pas

Un conflit installé entre deux personnes. Une journée collective expose les protagonistes devant leurs collègues. La médiation interne entre collaborateurs passe avant.

Un problème d'organisation. Une charge trop lourde, des moyens qui manquent, des périmètres non tranchés : ces causes demandent des décisions de la direction. La journée peut les faire remonter.

Une souffrance au travail. Épuisement, isolement, suspicion de harcèlement : ces situations relèvent des RH, de la médecine du travail et des procédures internes.

Un team building réunit l'équipe autour d'une activité hors du travail, comme un escape game. La journée de cohésion porte sur le travail lui-même. Les deux se combinent sur une même date : les ateliers d'abord, un moment convivial à la fin. L'article cohésion d'équipe et team building détaille quand chaque format convient.

Un programme type pour une journée de cohésion d'équipe

Ce programme tient de 9 h à 17 h, pour une équipe de six à douze personnes. Les numéros renvoient aux dix ateliers de cohésion d'équipe du blog Movea, où chaque atelier est détaillé : objectif, durée, déroulé, piège à éviter.

HoraireSéquenceCe que l'équipe en retire
9 h 00Ouverture : objectif de la journée, règles du groupe, météo d'équipe (atelier 1)Chacun connaît l'objectif et les règles
9 h 30Restitution du questionnaire de cohésion passé en amontUne dimension prioritaire, choisie ensemble
10 h 15Pause
10 h 30Premier atelier de fond, choisi selon le questionnaireUne première production écrite
12 h 00Déjeuner
13 h 30Charte d'équipe (atelier 2)Cinq à huit règles, chacune avec un garant
15 h 00Pause
15 h 15Décision tranchée et tenue (atelier 9), sur un ou deux sujets ouvertsDes décisions écrites, avec un responsable et une date
16 h 15Plan de suivi : rituels et dates des points d'étapeUn calendrier pour trois mois
16 h 45Clôture : ce que chacun applique dès lundiUn engagement individuel
17 h 00Fin de la journée

Le premier atelier de fond dépend du questionnaire. Pour une équipe dont les décisions se rediscutent après la réunion, la cartographie des rôles (atelier 3) convient. Pour une équipe nouvelle ou hybride, le mode d'emploi de chacun (atelier 4) vient en premier.

  • Deux ou trois ateliers de fond au maximum. Une journée chargée de cinq ateliers produit des listes et peu de décisions.
  • Les ateliers peu exposants d'abord. La fenêtre de Johari et le feedback croisé (ateliers 5 et 6) demandent une confiance déjà installée. Gardez-les pour plus tard.
  • Un animateur extérieur aux tensions. Le manager anime si l'équipe parle librement devant lui. Sinon, un RH extérieur au service ou un intervenant externe prend ce rôle.

La part conviviale. Le déjeuner pris ensemble suffit souvent. Une activité courte peut s'ajouter en fin de journée, facultative et terminée à une heure annoncée.

Une journée de cohésion est-elle obligatoire ?

La réponse dépend du moment de la journée et de ce qu'elle demande. Les repères ci-dessous sont généraux et viennent du Code du travail, de la Cour de cassation et de l'INRS. Avant de fixer la date, vérifiez aussi la convention collective, l'accord d'entreprise sur le temps de travail et le règlement intérieur.

Sur les heures de travail

L'article L3121-1 du Code du travail définit la durée du travail effectif : « le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ». Une journée de cohésion fixée par l'employeur, sur un programme qu'il a arrêté, répond à cette définition. Elle se rémunère comme une journée de travail.

L'employeur fixe la date, le lieu et le programme dans le cadre de son pouvoir de direction. À propos des pots organisés hors des locaux, l'INRS rappelle que le salarié invité par son employeur reste soumis à ce pouvoir de direction. Sur les heures de travail, l'employeur peut donc demander la présence de l'équipe, dans les limites décrites plus bas.

Le temps du repas compte comme du temps de travail effectif lorsque les critères de l'article L3121-1 sont réunis (article L3121-2). Le trajet vers un lieu inhabituel n'est pas du temps de travail effectif. S'il dépasse le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail, il donne lieu à une contrepartie en repos ou financière (article L3121-4).

Le soir ou le week-end

Si la présence est demandée un samedi ou en soirée, ces heures suivent les règles du temps de travail :

  • dix heures de travail effectif par jour au plus, sauf dérogations (article L3121-18) ;
  • un repos quotidien d'au moins onze heures consécutives (article L3131-1) ;
  • six jours de travail par semaine au plus (article L3132-1) ;
  • un repos hebdomadaire d'au moins vingt-quatre heures consécutives, plus le repos quotidien (article L3132-2), donné le dimanche (article L3132-3).

Un samedi de cohésion obligatoire se traite donc comme un samedi travaillé, selon votre convention collective.

Si la présence est facultative, l'invitation le dit clairement. Le critère de l'article L3121-1 sert de test. Une soirée où chacun vient et repart librement s'éloigne du temps de travail. Une soirée « fortement recommandée », avec un programme imposé, s'en rapproche. Ne reprochez pas un refus ensuite, ni en réunion ni en entretien annuel.

Qui paie les frais de la journée

Service-public.gouv.fr définit les frais professionnels comme des dépenses faites par le salarié pour les besoins de son activité professionnelle, qui lui sont ensuite remboursées par son employeur, par exemple la restauration et le déplacement. Pour une journée demandée par l'employeur, l'entreprise paie le transport, le repas et l'activité, ou les rembourse.

Les limites du pouvoir de l'employeur

L'article L1121-1 du Code du travail pose la limite générale : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »

La chambre sociale de la Cour de cassation a appliqué ce texte dans un arrêt du 9 novembre 2022 (pourvoi n° 21-15.208). Un directeur avait été licencié pour insuffisance professionnelle. La lettre de licenciement lui reprochait notamment son refus d'accepter la politique de l'entreprise, fondée sur le partage des valeurs « fun » et « pro ». La cour d'appel avait constaté que ce « fun and pro » passait aussi par « la nécessaire participation aux séminaires et aux pots de fin de semaine générant fréquemment une alcoolisation excessive de tous les participants ».

La Cour de cassation rappelle que « sauf abus, le salarié jouit, dans l'entreprise et en dehors de celle-ci, de sa liberté d'expression ». Le refus de ce salarié relevait de sa liberté d'expression et d'opinion. Un licenciement prononcé, même en partie, en raison de l'exercice de cette liberté est nul. La Cour a cassé l'arrêt qui rejetait la demande de nullité et renvoyé l'affaire devant la cour d'appel de Paris.

Pour une journée de cohésion, retenez deux repères. Chaque activité doit pouvoir se justifier par l'objectif de travail de la journée. Le refus d'une pratique festive ou d'une activité qui touche à la vie privée ne doit pas devenir un reproche professionnel.

La sécurité et l'alcool

L'article L4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Une activité sportive ou en hauteur se prépare avec ce texte en tête : niveau physique demandé, encadrement, activité de remplacement.

Sur l'alcool, l'article R4228-20 fixe la règle : « Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n'est autorisée sur le lieu de travail. » Quand cette consommation peut porter atteinte à la sécurité et à la santé des travailleurs, l'employeur prévoit des mesures dans le règlement intérieur ou une note de service, jusqu'à la limiter ou l'interdire.

Hors des locaux, le règlement intérieur ne s'applique pas. Selon l'INRS, la responsabilité de l'employeur pourrait être engagée en cas d'accident lors d'un pot auquel il a invité ses salariés. L'INRS recommande de limiter la quantité de boissons alcoolisées, et rappelle qu'il n'est pas obligatoire d'en fournir.

Six erreurs à éviter

Imposer une activité qui expose les personnes

Confidences personnelles, jeu de rôle où l'on imite un collègue, épreuve physique difficile : ces activités mettent certains participants en difficulté devant leur équipe. Annoncez en ouverture que chacun peut passer son tour.

Organiser une journée sans suite

Des décisions prises sans responsable ni date s'effacent vite. L'équipe en conclut que la journée ne servait à rien, et la suivante démarre avec ce soupçon.

Confondre la journée avec un team building

Un escape game ne clarifie pas des rôles flous. Si l'équipe a un problème de fonctionnement, les ateliers viennent en premier et le moment convivial s'ajoute ensuite.

Faire de l'alcool le moteur de la convivialité

L'arrêt de 2022 montre le risque d'une culture qui rend ces moments obligatoires. Suivez les recommandations de l'INRS : des boissons non alcoolisées en quantité, de quoi se restaurer, des éthylotests pour un usage anonyme, un délai suffisant avant de reprendre le volant.

Laisser les horaires déborder

Départ à 7 h, ateliers toute la journée, dîner jusqu'à 23 h : le programme dépasse vite les repères sur la durée quotidienne et le repos. Annoncez les horaires et tenez-les.

Réunir une équipe en conflit ouvert

Quand deux membres de l'équipe ne se parlent plus, une journée collective durcit les positions. Traitez d'abord le conflit par une médiation. La formation gestion des conflits apprend à la conduire.

Préparer et prolonger la journée

Avant la journée

  • L'objectif en une phrase. Écrivez-le avec le manager. Exemple : « À la fin de la journée, l'équipe aura fixé ses règles de réunion et clarifié qui valide les livrables. »
  • Le questionnaire en amont. Faites passer le questionnaire de cohésion d'équipe deux semaines avant : vingt affirmations, cinq dimensions inspirées du modèle de Patrick Lencioni. Chacun le remplit seul et envoie ses scores à l'animateur, qui présente la moyenne de l'équipe.
  • Les situations réelles. Demandez à chacun deux ou trois situations récentes qui l'ont gêné.
  • Une invitation complète. Elle indique les horaires de début et de fin, le lieu, le programme, le caractère obligatoire ou facultatif de chaque temps et la prise en charge des frais.

Pendant et après

Les décisions s'écrivent en séance, avec un responsable, une date et un point de vérification. Le compte rendu part dans la semaine. Les rituels prennent ensuite le relais : la météo d'équipe chaque semaine, la revue des irritants chaque mois et une rétrospective chaque trimestre (ateliers 1, 10 et 7). Un point à un mois vérifie l'application des décisions. À trois mois, l'équipe repasse le questionnaire et compare ses scores.

Quand passer à une formation cohésion d'équipe

Une journée suffit quand l'équipe fonctionne correctement et veut ajuster quelques règles. Le besoin dépasse une journée dans d'autres situations :

  • les mêmes tensions reviennent après la journée, sur des sujets différents ;
  • l'équipe sort d'une fusion ou d'une réorganisation et doit reconstruire ses repères ;
  • les désaccords se disent seulement en aparté, et l'équipe a besoin d'une méthode pour les exprimer en réunion ;
  • le manager est partie prenante des tensions.

La formation cohésion d'équipe de Movea fait travailler l'équipe réelle et son manager pendant deux jours (14 heures) : diagnostic collectif, règles de fonctionnement, régulation des désaccords avec la méthode DESC, charte d'équipe. Elle se termine par un plan d'action à 90 jours, avec un suivi à froid à trois mois.

Le format est intra-entreprise, jusqu'à 12 personnes, en présentiel partout en France ou en visio, à 1 980 € HT par jour. Movea propose aussi un accompagnement individuel one to one au même tarif, par exemple pour préparer un manager à animer la journée. Le financement passe par l'OPCO de l'entreprise, jusqu'à 100 % du coût pédagogique, ou par le plan de développement des compétences. Le dossier cohésion d'équipe présente les modèles de Tuckman et de Lencioni.

Textes et sources cités