Formation Recruter sans Discriminer : Entretien Structuré et Biais
La discrimination à l'embauche consiste à écarter un candidat, ou à le traiter moins bien, pour un motif que la loi interdit : origine, âge, sexe, grossesse, handicap, lieu de résidence et une vingtaine d'autres critères. L'article L1131-2 du Code du travail oblige les entreprises d'au moins 300 salariés et les entreprises spécialisées dans le recrutement à former leurs recruteurs à la non-discrimination au moins une fois tous les cinq ans. Movea assure cette formation en intra sur deux jours (14 heures), dans vos bureaux ou par visioconférence : droit applicable, biais de jugement, annonces, tri des CV, entretien structuré et grille d'évaluation.
Animée par un formateur du réseau Movea · Mise à jour le
L'essentiel
- Depuis la loi Égalité et citoyenneté de janvier 2017, l'article L1131-2 du Code du travail impose une formation à la non-discrimination à l'embauche aux salariés qui recrutent dans les entreprises qui emploient 300 salariés ou davantage, ainsi que dans toute entreprise spécialisée dans le recrutement. Elle se renouvelle au moins tous les cinq ans.
- Le jour 1 relie le droit aux gestes du recruteur : critères protégés, questions proscrites, rédaction des annonces, tri des candidatures, biais de jugement. Le jour 2 fait bâtir puis mener un entretien structuré, noté sur une grille que tout le jury partage.
- Les exercices utilisent vos propres annonces, des CV rendus anonymes et la trame d'entretien de l'entreprise, rassemblés pendant le cadrage.
- Jusqu'à douze recruteurs, RH ou managers d'une même entreprise travaillent ensemble, réunis sur un site de l'entreprise ou connectés à une classe virtuelle. La journée de formation est tarifée 1 980 € HT, pour un participant comme pour douze. Un dirigeant qui recrute seul peut construire sa grille lors de séances individuelles, que Movea facture comme les journées de groupe. L'OPCO finance parfois l'action, en fonction de la branche dont vous relevez et du nombre de salariés.
- L'animation revient à un spécialiste du recrutement issu du réseau Movea, qui maîtrise aussi le droit de la non-discrimination ; son nom vous parvient à la fin du cadrage. Movea ne rend aucun avis juridique sur un dossier en cours.
Le déroulé pédagogique
Jour 1 : le droit, les biais et le tri des candidatures
- Module 1Ce que la loi interdit au recruteur et ce qu'elle exige de lui
Le groupe parcourt les critères de l'article L1132-1, la différence entre discrimination directe et indirecte, puis les articles L1221-6 et L1221-8 sur les informations demandées et les méthodes d'évaluation. Le formateur présente les peines du Code pénal, l'aménagement de la preuve devant le juge et le rôle du Défenseur des droits. Chacun repart avec une fiche d'une page sur ce qu'il peut demander et ce qu'il doit taire.
- Module 2Les biais qui orientent un jugement sur un candidat
Effet de halo, préférence pour les profils proches du sien, décision prise dans les premières minutes : chaque biais est présenté avec l'étude qui l'a mis en évidence. Les participants relisent ensuite des comptes rendus d'entretien de leur entreprise, rendus anonymes, et y cherchent les appréciations qui ne reposent sur aucun fait.
- Module 3Annonces et tri des CV
Le groupe réécrit les annonces apportées au cadrage en retirant les mentions risquées : âge suggéré, sexe implicite, exigences sans lien avec le poste. Il fixe ensuite des critères de tri avant d'ouvrir les candidatures, puis compare les présélections faites par deux lecteurs sur le même lot de CV.
Jour 2 : conduire et noter un entretien structuré
- Module 1Bâtir la grille d'entretien
À partir d'une fiche de poste réelle, les participants retiennent quatre ou cinq compétences, écrivent pour chacune une question sur une expérience vécue et une question sur une situation du poste, puis décrivent à l'écrit ce que vaut une réponse notée 1, 3 ou 5.
- Module 2Mener l'entretien en jeu de rôle
Par trois, un recruteur, un candidat et un observateur rejouent des entretiens complets. Le formateur glisse les pièges rencontrés sur le terrain : candidat qui parle de ses enfants, collègue qui pose une question sur l'âge, silence prolongé, réponse brillante mais sans exemple. L'observateur note les questions posées et le respect de la trame.
- Module 3Décider à plusieurs et garder la trace
Le module traite du moment où le jury se réunit : chacun note seul, les écarts se discutent critère par critère, la décision s'écrit avec ses raisons. Le groupe rédige aussi une réponse à un candidat écarté. Un cas final, noté sur la grille du formateur, valide les acquis de chaque participant.
Objectifs pédagogiques
- Citer les critères de discrimination du Code du travail et ce que la loi attend du recruteur, de l'annonce jusqu'à la réponse au candidat
- Repérer dans ses propres choix l'effet de halo, l'attirance pour les profils qui ressemblent au jury et le poids des premières minutes
- Rédiger une annonce et arrêter des critères de tri qui découlent tous des missions du poste
- Construire une grille d'entretien structuré : compétences visées, questions identiques pour chacun, échelle de notes décrite par écrit
- Mener un entretien où aucun critère protégé n'est abordé, même lorsque le candidat évoque lui-même sa vie privée
- Décider à plusieurs à partir des notes individuelles et garder l'écrit qui justifie le choix retenu
Public et prérequis
- Chargés de recrutement, responsables RH et équipes talent acquisition des entreprises de 300 salariés ou plus
- Consultants et chargés de recherche des cabinets de recrutement
- Managers opérationnels qui mènent des entretiens et pèsent sur le choix final
- Dirigeants de PME qui recrutent eux-mêmes, faute de service RH
Conditions pratiques et tarif
| Durée | 2 jours, 14 heures |
|---|---|
| Programme | Jour 1 : le droit, les biais et le tri des candidatures ; Jour 2 : conduire et noter un entretien structuré |
| Format | recruter sans discriminer en intra : vos locaux ou la visio, 12 personnes au plus |
| Prérequis | Aucune connaissance juridique n'est attendue. Au cadrage, l'entreprise fournit deux ou trois annonces récentes, une fiche de poste et, quand elle existe, sa trame d'entretien. Un participant a-t-il un handicap ? Dites-le à Movea au cadrage, et les supports comme le rythme des exercices seront revus pour lui. |
| Animation | Formateur du réseau Movea, désigné au cadrage |
| Tarif | 3 960 € HT les deux jours (1 980 € HT par jour) |
| Objectif | Citer les critères de discrimination du Code du travail et ce que la loi attend du recruteur, de l'annonce jusqu'à la réponse au candidat |
| Financement | OPCO selon la branche, ou budget formation |
| Format individuel | Coaching one to one en recruter sans discriminer, même tarif journalier, durée à la carte |
Qui anime cette formation
La session est conduite par un praticien du recrutement du réseau Movea, qui suit de près le droit de la non-discrimination. Movea fixe ce choix pendant le cadrage, après avoir vu qui participe : chargés de recrutement d'une direction RH, consultants d'un cabinet, managers d'atelier ou de service qui embauchent quelques personnes par an. Il part de vos fiches de poste, de vos annonces et de vos trames d'entretien. Dans chaque mise en situation, un participant joue le candidat et un autre note avec la grille ; le débriefing confronte les deux lectures. Pour un litige en cours, les participants s'adressent au juriste ou à l'avocat de leur employeur ; le formateur ne tranche aucun dossier réel.
Formateurs du réseau Movea
4,8/5
Moyenne Movea, toutes formations confondues
Questions fréquentes
Qu'appelle-t-on discrimination à l'embauche ?
Quelles entreprises doivent former leurs recruteurs à la non-discrimination ?
La session Movea répond-elle à l'obligation de l'article L1131-2 ?
Quelles questions un recruteur ne doit-il pas poser en entretien ?
Que risque une entreprise qui discrimine à l'embauche ?
Qu'est-ce qu'un entretien structuré ?
Le CV anonyme est-il obligatoire ?
À quoi sert le Défenseur des droits en matière de recrutement ?
Un recruteur peut-il demander à un candidat combien il gagne aujourd'hui ?
Qui anime la formation recruter sans discriminer ?
Combien coûte la session et quels financements existent ?
Un dirigeant de PME peut-il être formé seul ?
Combien de semaines séparent la commande du premier jour ?
Faut-il mobiliser le CPF des recruteurs ?
Recruter sans discriminer : définition et état des lieux
La discrimination à l'embauche consiste à écarter une personne d'un recrutement, ou à la traiter moins bien, pour un critère que la loi protège : origine, sexe, âge, handicap, lieu de résidence et une vingtaine d'autres. Elle est directe quand ce critère motive le refus. Elle est indirecte quand une règle d'apparence neutre désavantage un groupe sans raison liée au poste, par exemple une taille minimale exigée pour un emploi de bureau, qui écarte surtout des candidates.
Trois publications récentes situent l'ampleur du problème :
- En décembre 2025, le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du travail ont publié leur 18e baromètre de la perception des discriminations dans l'emploi. L'enquête a interrogé 5 030 personnes par téléphone entre octobre 2024 et janvier 2025. Parmi celles qui ont passé un entretien d'embauche, un concours ou un entretien d'évaluation en cinq ans, 52 % disent avoir reçu une question sur un critère interdit par la loi. La proportion était de 49 % en 2016.
- Le même baromètre relève que 43 % des actifs jugent les discriminations fréquentes au moment de chercher un emploi. Les personnes perçues comme noires, arabes ou maghrébines courent un risque 2,8 fois supérieur à celui des personnes perçues comme blanches de déclarer en avoir subi une à cette étape.
- En 2025, la revue Économie et Statistique de l'Insee a publié l'évaluation d'une formation d'une journée destinée à des recruteurs, proche dans son contenu de l'obligation légale. Les chercheurs de la fédération TEPP ont envoyé de fausses candidatures avant et après la session. Cinq mois plus tard, l'écart de réponses positives entre noms d'origine maghrébine et noms d'origine française restait le même dans les entreprises formées et dans les autres.
Le programme tient compte de ce résultat. Le droit occupe la première demi-journée. Le reste du temps sert aux outils que le recruteur emploie chaque semaine : l'annonce, les critères de tri, la grille d'entretien, la décision prise à plusieurs. Dans son référentiel de formation du 22 mai 2025, le ministère du Travail demande lui aussi d'alterner théorie et cas pratiques réalistes.
Ce que le droit impose au recruteur en 2026
L'article L1131-2 du Code du travail est issu de la loi Égalité et citoyenneté du 27 janvier 2017. Il prévoit que, dans toute entreprise d'au moins trois cents salariés et dans toute entreprise spécialisée dans le recrutement, « les employés chargés des missions de recrutement reçoivent une formation à la non-discrimination à l'embauche au moins une fois tous les cinq ans ». Le texte ne précise ni la durée ni le contenu de cette formation.
Les autres règles qui encadrent un recrutement tiennent dans ce tableau :
| Article | Ce que dit le texte | Conséquence pour le recruteur |
|---|---|---|
| L1132-1, Code du travail | Écarter quelqu'un d'un recrutement en raison d'un des critères listés est interdit | Aucun critère protégé dans les échanges, les notes ou la décision |
| L1133-1 | Une différence de traitement est admise pour une exigence professionnelle essentielle et déterminante, avec un objectif légitime et une exigence proportionnée | Écrire la justification de toute exigence de ce type avant l'ouverture du poste |
| L1221-6 | Toute information demandée au candidat doit se rattacher de façon directe et nécessaire au poste ou à l'évaluation de ses aptitudes | Chaque question sert à juger la capacité à tenir le poste |
| L1221-8 et L1221-9 | Le candidat connaît à l'avance les méthodes d'évaluation, les résultats restent confidentiels, les méthodes sont pertinentes, aucune collecte à son insu | Annoncer tests et mises en situation, vérifier leur rapport avec le poste |
| L1142-1 et L5331-2 | Une offre d'emploi ne mentionne ni le sexe ni la situation de famille, ni un âge maximum | Relire chaque annonce avant sa publication |
| L1225-1 et L1225-2 | L'employeur ne cherche pas à savoir si une candidate est enceinte ; elle n'a pas à le dire | Ne jamais poser la question et ne rien noter si le sujet surgit |
| L1134-1 | Le candidat présente des faits qui laissent supposer une discrimination ; l'employeur prouve ensuite que sa décision repose sur des éléments objectifs | Conserver grilles et notes pour expliquer le choix |
Le Code pénal sanctionne aussi la discrimination. Selon l'article 225-2, refuser d'embaucher une personne ou subordonner une offre d'emploi à un critère de l'article 225-1 est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Quand l'entreprise est poursuivie en tant que personne morale, l'article 131-38 permet de porter l'amende à cinq fois ce montant, soit 225 000 euros. L'article 225-3-1 précise que l'infraction reste constituée quand la candidature a été envoyée pour démontrer le comportement discriminatoire : un testing peut donc servir de preuve.
Le Défenseur des droits joue un rôle à part. Cette autorité indépendante reçoit gratuitement les réclamations de toute personne qui s'estime discriminée, et elle peut aussi se saisir d'office. Ses juristes répondent au 3928 et par tchat sur antidiscriminations.fr. Ses décisions et ses enquêtes donnent aux employeurs des repères précis sur les pratiques à éviter.
Un changement se prépare sur la rémunération. Le projet de loi qui transpose la directive européenne 2023/970 a été présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026. Son article 4 prévoit d'interdire toute question sur le salaire actuel ou passé d'un candidat et d'imposer une fourchette de rémunération dans les offres d'emploi. Le Parlement doit encore se prononcer.
Former vos recruteurs : les situations qui le justifient
Dans une entreprise, plusieurs constats montrent qu'il est temps de reprendre les pratiques de recrutement :
- l'effectif vient de dépasser trois cents salariés, ou la dernière formation des recruteurs remonte à plus de cinq ans, et personne ne tient la liste des personnes formées ;
- chaque manager conduit l'entretien à sa manière, si bien que deux candidats au même poste n'ont pas répondu aux mêmes questions ;
- des annonces circulent avec des formules comme « équipe jeune et dynamique » ou « idéalement un premier emploi » ;
- un candidat écarté a demandé les motifs du refus, ou le Défenseur des droits a écrit à l'entreprise ;
- les dernières recrues se ressemblent beaucoup : mêmes écoles, même tranche d'âge, même parcours, et la direction s'interroge ;
- un logiciel de tri ou un outil d'IA a été ajouté au processus sans que ses critères aient été relus.
Tout commence par un rendez-vous avec la direction des ressources humaines ou le dirigeant : volume de recrutements, postes difficiles à pourvoir, outils en place, réclamations reçues. Movea demande ensuite deux ou trois annonces, une fiche de poste et la trame d'entretien de l'entreprise. Les exercices des deux jours reprennent ce matériel.
Les biais qui pèsent sur la décision de recruter
Un biais de jugement est une erreur répétée, souvent inconsciente, qui déforme l'évaluation d'une personne. Le recruteur le plus attentif y reste exposé, car ces raccourcis vont plus vite que la réflexion. La formation en travaille trois, chacun avec une parade précise. D'autres raccourcis de ce type, et leur origine chez Tversky et Kahneman, figurent dans le guide Movea des biais cognitifs au travail.
L'effet de halo. Le terme remonte à un article d'Edward Thorndike paru en 1920. En étudiant des évaluations militaires, ce psychologue constate que les notes données à des qualités distinctes se ressemblent trop d'une qualité à l'autre. L'impression d'ensemble déteint sur chaque critère. Pour un recruteur, un candidat brillant à l'oral reçoit vite une bonne note d'organisation qu'aucun fait ne soutient. Parade : attribuer chaque note à partir d'un fait propre à la compétence, avant toute appréciation globale.
L'attirance pour les profils semblables. En 2012, la sociologue Lauren Rivera publie dans l'American Sociological Review une étude sur le recrutement dans de grands cabinets de conseil, d'avocats et de banque d'affaires. Elle s'appuie sur 120 entretiens avec des recruteurs et sur l'observation d'un comité d'embauche. Les recruteurs cherchent des candidats compétents, et aussi des candidats qui leur ressemblent par les loisirs, les expériences et la façon de se présenter. Ce critère pèse souvent plus lourd que la productivité attendue. Parade : des critères écrits avant les entretiens et un jury aux profils variés.
Les premières minutes. En 2016, Rebecca Frieder, Chad Van Iddekinge et Patrick Raymark ont suivi 166 recruteurs et 691 candidats dans le service d'orientation professionnelle d'une université. Les recruteurs les plus expérimentés et ceux qui passaient le plus de temps à créer un climat cordial se décidaient plus vite. Poser les mêmes questions à chaque candidat allongeait au contraire le temps de décision. Parade : suivre la trame jusqu'au bout et noter seulement après la dernière question.
Les stéréotypes (idées toutes faites sur un groupe) agissent en amont de ces trois mécanismes. Le baromètre du Défenseur des droits montre où ils se logent : parmi les personnes passées par un entretien ou un concours, 29 % ont été questionnées sur leur âge, 23 % sur leur situation familiale, 11 % sur leur quartier.
L'entretien structuré, la méthode la mieux validée
L'entretien structuré est un entretien dont les questions, l'ordre et la façon de noter sont fixés avant de rencontrer le premier candidat. Les questions portent sur des expériences vécues (« racontez une fois où… ») ou sur des situations du poste (« que feriez-vous si… »). Une échelle décrit ce que vaut chaque note.
En 2022, Paul Sackett, Charlene Zhang, Christopher Berry et Filip Lievens ont repris les grandes méta-analyses sur les outils de sélection ; leur article est paru dans la revue Journal of Applied Psychology. Leur constat : les corrections statistiques employées depuis des décennies gonflaient la validité des méthodes les mieux classées, entre 0,10 et 0,20 point. Une fois ces corrections revues, l'entretien structuré prend la première place, avec une validité opérationnelle moyenne de 0,42. Dans un article de 2023 sur les conséquences pratiques, les mêmes auteurs indiquent que l'entretien non structuré perd 0,19 point. Ils notent aussi que les tests d'aptitude cognitive, longtemps placés en tête, présentent le plus grand écart moyen entre candidats blancs et noirs aux États-Unis. Les outils construits pour un poste précis prédisent mieux la réussite que les mesures générales de personnalité ou d'aptitude.
Une trame d'entretien structuré comporte au minimum :
- Quatre ou cinq compétences tirées des missions du poste, validées par le manager et les RH.
- Deux questions par compétence : une sur un fait vécu, une sur une situation du poste.
- Les mêmes questions pour tous, dans le même ordre, avec des relances prévues à l'avance.
- Une échelle décrite : ce que vaut une réponse notée 1, 3 ou 5, écrit noir sur blanc.
- Une notation individuelle par chaque membre du jury, avant tout échange entre eux.
Mathias Nizan détaille la méthode STAR et les relances utiles dans son guide pour jauger en entretien le savoir-être des candidats. Pour les questionnaires de personnalité, l'article sur le modèle DISC explique pourquoi cet outil ne doit jamais servir à trier des candidats.
Une grille d'évaluation construite pour un poste réel
Gilles, responsable d'atelier dans une entreprise industrielle, recrute un technicien de maintenance. Nora, chargée de recrutement, l'aide à écrire la grille avant de publier l'annonce. Ils retiennent trois compétences parmi les cinq de la fiche de poste. Le tableau reprend leur grille pour ces trois compétences :
| Compétence | Question posée à chaque candidat | Note 1 | Note 3 | Note 5 |
|---|---|---|---|---|
| Diagnostic de panne | « Racontez la dernière panne que vous avez dû comprendre seul. Par quoi avez-vous commencé ? » | Réponse générale, aucune panne précise | Panne précise, démarche décrite étape par étape | Panne précise, démarche, vérification du résultat et changement apporté ensuite |
| Sécurité | « Un chef d'équipe vous presse de redémarrer une machine avant la fin de la consignation. Que faites-vous ? » | Redémarre ou ne sait pas | Refuse et explique la règle | Refuse, explique, propose une solution pour tenir le délai et prévient son responsable |
| Échanges avec la production | « Parlez d'un désaccord avec un opérateur sur l'origine d'une panne. Comment l'avez-vous réglé ? » | Pas d'exemple, ou faute rejetée sur l'autre | Exemple précis, échange décrit | Exemple précis, écoute de l'opérateur, accord trouvé et suite donnée |
Gilles et Nora notent chacun de leur côté, dans les dix minutes qui suivent l'entretien, en reportant pour chaque note la phrase du candidat qui la fonde. Ils mettent ensuite leurs grilles côte à côte, critère après critère. Un écart de deux points ou plus se discute à partir des phrases notées. Le choix final cite ces preuves, ce qui permet de répondre à un candidat qui demande pourquoi il n'a pas été retenu.
Les questions à ne pas poser, et quoi demander à la place
L'article L1221-6 donne un test simple : l'information demandée aide-t-elle à juger la capacité du candidat à tenir ce poste ? Si la réponse est non, la question sort de la trame. Le tableau ci-dessous reprend les cas les plus fréquents :
| Question à éviter | Critère protégé en jeu | Ce qui peut se demander |
|---|---|---|
| « Vous avez des enfants ? Qui les garde ? » | Situation de famille | « Le poste prévoit une astreinte un week-end sur quatre. Pouvez-vous l'assurer ? » |
| « Vous envisagez une grossesse ? » | Grossesse | Rien : le sujet reste hors du recrutement |
| « Quel âge avez-vous ? » | Âge | « Quelles expériences récentes vous préparent à ce poste ? » |
| « Vos parents viennent d'où ? » | Origine | Rien : seule une langue exigée par le poste peut se vérifier, par une courte mise en situation |
| « Vous habitez quel quartier ? » | Lieu de résidence | « La prise de poste est à 6 h sur le site. Ces horaires vous conviennent-ils ? » |
| « Vous avez des soucis de santé ? » | État de santé, handicap | « Souhaitez-vous un aménagement pour la suite des épreuves ? », proposé à chaque candidat |
| « Vous êtes syndiqué ? Vous pratiquez une religion ? » | Activités syndicales, convictions religieuses | Rien |
L'aptitude médicale à un poste relève du médecin du travail, jamais du recruteur. Le candidat parle parfois lui-même de sa vie privée : un enfant malade, un déménagement, un traitement en cours. Le recruteur le laisse finir, ne prend aucune note, puis revient à la question suivante de la trame. Ce geste se répète plusieurs fois en jeu de rôle le deuxième jour.
Annonce et tri des CV : fixer les critères avant de lire
L'annonce est la première étape où une discrimination peut se glisser. L'article L1142-1 interdit d'y mentionner le sexe ou la situation de famille du candidat recherché. L'article L5331-2 interdit d'y fixer un âge maximum, sauf condition d'âge prévue par la loi. Des formules plus discrètes posent le même problème : « jeune diplômé » pour un poste qui demande trois ans d'expérience, « excellente présentation » sans lien avec le poste, « français langue maternelle » quand le poste demande seulement de bien écrire en français.
Pour le tri des candidatures, la session installe trois règles :
- Les critères sont écrits avant d'ouvrir le premier CV, et chacun renvoie à une mission du poste.
- Deux personnes lisent le même lot pour les postes les plus courus, puis comparent leurs présélections.
- Le motif de chaque refus est noté en une ligne, à partir des critères écrits.
Depuis 2015, l'article L1221-7 permet d'examiner les candidatures de façon anonyme, sans l'imposer. Le CV anonyme ne règle pas tout. En France, une expérimentation conduite avec le service public de l'emploi, publiée en 2015 par Luc Behaghel, Bruno Crépon et Thomas Le Barbanchon, a observé un effet inverse de celui attendu : les entreprises volontaires convoquaient moins de candidats issus de minorités quand les CV étaient anonymes.
Les logiciels de tri méritent la même vigilance. La CNIL a fait du recrutement l'un de ses trois thèmes prioritaires de contrôle pour 2026 : décisions automatisées, information des candidats, durées de conservation. Le règlement européen sur l'intelligence artificielle classe à haut risque les systèmes qui filtrent ou évaluent des candidats. Depuis le règlement 2026/1744, leurs obligations s'appliqueront à partir du 2 décembre 2027. Avant d'adopter un outil, l'entreprise demande à l'éditeur sur quels critères il classe les candidatures.
Le testing : mesurer la discrimination à l'embauche
Le test de discrimination, ou testing, consiste à envoyer à de vraies offres d'emploi des candidatures fictives équivalentes, qui ne diffèrent que par un critère, puis à comparer les réponses obtenues. La méthode sert à la recherche, aux pouvoirs publics et aux entreprises qui veulent contrôler leurs propres pratiques.
Une grande étude de ce type a été pilotée par la Dares, le service statistique du ministère du Travail. ISM Corum et l'Institut des politiques publiques l'ont conduite entre décembre 2019 et avril 2021, sur tout le territoire métropolitain. Ses résultats, publiés en novembre 2021 :
- 9 600 candidatures ont répondu à 2 400 offres d'emploi, dans 11 familles de métiers ;
- les candidatures dont le prénom et le nom évoquent une origine maghrébine ont été rappelées dans 22,8 % des cas, contre 33,3 % pour des candidatures identiques à consonance française, soit 31,5 % de chances en moins ;
- pour obtenir autant de réponses positives, une personne au nom d'origine maghrébine doit envoyer en moyenne 1,5 fois plus de candidatures ;
- l'écart est environ deux fois plus fort dans les métiers peu qualifiés que dans les métiers qualifiés.
L'évaluation publiée par l'Insee en 2025 utilise la même méthode avant et après une formation d'une journée. Dans les entreprises non formées, un nom d'origine maghrébine obtenait environ 12,5 points de réponses positives de moins qu'un nom d'origine française, un écart relatif proche de 50 %. Rien n'avait bougé cinq mois après la formation. Les auteurs en concluent qu'une formation obligatoire courte et surtout juridique ne suffit pas à faire reculer ces discriminations.
Une entreprise peut organiser son propre testing, en interne ou avec un prestataire spécialisé, pour suivre ses pratiques d'une année sur l'autre. Le Défenseur des droits a publié une fiche pratique sur la méthode à respecter.
Recruter sans discriminer, entretiens annuels ou prévention du harcèlement : quelle formation choisir ?
Ces trois formations s'adressent souvent aux mêmes RH et aux mêmes managers. Elles traitent trois moments distincts de la vie d'un salarié.
| Recruter sans discriminer, cette fiche | Entretiens annuels et professionnels | Prévention du harcèlement | |
|---|---|---|---|
| Moment visé | Avant l'embauche : annonce, tri, entretien, choix | Pendant le contrat : bilan de l'année et parcours professionnel | Pendant le contrat : faits signalés dans l'équipe |
| Ce que le participant sait faire à la fin | Mener un entretien structuré, noter sur une grille, écarter toute question sur un critère protégé | Apprécier l'année à partir de faits datés, construire des objectifs, entendre un désaccord | Reconnaître un harcèlement moral ou sexuel et un agissement sexiste, puis recueillir un signalement |
| Texte de référence | Articles L1131-2, L1132-1 et L1221-6 | Article L6315-1 | Articles L1152-1, L1153-1 et L1142-2-1 |
| Public type | Chargés de recrutement, consultants de cabinet, managers qui recrutent | Managers et équipes RH, dirigeants de petites entreprises | Encadrants, RH, référents harcèlement, élus du CSE |
Les entretiens annuels réutilisent une partie des réflexes appris ici : noter sur des faits, se méfier de l'effet de halo. La prévention du harcèlement prolonge le travail sur les critères protégés, puisque le Code du travail interdit aussi toute discrimination après l'embauche.
Déroulé : cadrage, deux journées, retour à trois mois
Un groupe compte douze recruteurs au maximum, tous salariés de l'entreprise cliente. Le formateur vient sur place dans toute la France ; la visio reste possible. Réunir RH et managers opérationnels autour de la même table aide à poser une trame commune. Un dirigeant qui recrute sans équipe RH peut travailler ce programme seul, en coaching individuel, sur ses propres postes.
Le premier jour couvre le droit, les biais, les annonces et le tri des candidatures. Le second fait construire une grille sur une fiche de poste réelle, puis la met à l'épreuve en jeux de rôle observés. La session se clôt sur un cas noté qui vérifie les acquis de chacun, en plus du questionnaire de satisfaction. Un trimestre après la session, Movea recontacte chaque participant pour savoir quelles grilles il utilise et ce qui coince encore.
Financer la formation recruter sans discriminer
Pour un groupe de douze recruteurs au plus, chaque journée de session vaut 1 980 € HT. La formation complète, deux jours, se monte à 3 960 € HT.
En dehors des cabinets de recrutement, les entreprises soumises à l'article L1131-2 comptent au moins trois cents salariés. Elles paient en général la formation sur leurs propres fonds, car le financement du plan par l'OPCO s'arrête au seuil de cinquante salariés. Un petit cabinet de recrutement, ou une PME qui forme ses recruteurs par choix, peut obtenir cette aide, qui couvre dans certaines branches la totalité des frais pédagogiques. Une session intra ne mobilise jamais le CPF des salariés.
Le certificat Qualiopi de Movea couvre ses actions de formation. Avec vos RH, Movea rédige la demande destinée à l'OPCO et fournit convention, programme détaillé et documents de suivi. Les autres thématiques sont présentées au catalogue Movea. Les références de la fiche (Code du travail, Code pénal, Défenseur des droits, Organisation internationale du travail, Insee, Dares, Institut des politiques publiques, ministère du Travail, CNIL, travaux de Sackett, Rivera, Frieder, Thorndike et Behaghel) figurent en bas de page.
Sources et références
- Code du travail, via code.travail.gouv.fr (Légifrance) (2017)
- Code du travail, via code.travail.gouv.fr (Légifrance) (2022)
- Code du travail, via code.travail.gouv.fr (Légifrance) (2008)
- Code du travail, via code.travail.gouv.fr (Légifrance) (2008)
- Légifrance (2026)
- Défenseur des droits et Organisation internationale du travail, enquête Accès aux droits 2024 (2025)
- Défenseur des droits (2023)
- Laetitia Challe, Sylvain Chareyron, Yannick L'Horty, Pascale Petit, Économie et Statistique n° 547, Insee (2025)
- Note IPP n° 76, Institut des politiques publiques et ISM Corum, pour la Dares (2021)
- Ministère du Travail (direction générale du travail) (2025)
- Paul R. Sackett, Charlene Zhang, Christopher M. Berry, Filip Lievens, Journal of Applied Psychology, vol. 107, n° 11 (2022)
- Paul R. Sackett, Charlene Zhang, Christopher M. Berry, Filip Lievens, Industrial and Organizational Psychology, vol. 16, n° 3 (2023)
- Lauren A. Rivera, American Sociological Review, vol. 77, n° 6 (2012)
- Rebecca E. Frieder, Chad H. Van Iddekinge, Patrick H. Raymark, Journal of Occupational and Organizational Psychology, vol. 89, n° 2 (2016)
- Edward L. Thorndike, Journal of Applied Psychology, vol. 4, n° 1 (1920)
- Luc Behaghel, Bruno Crépon, Thomas Le Barbanchon, American Economic Journal: Applied Economics, vol. 7, n° 3 (2015)
- CNIL (2026)
- Portail de la fonction publique (fonction-publique.gouv.fr), communiqué et dossier de presse (2026)